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Les bergers et la transhumance en Corse : l'âme pastorale d'une île
29 juil. 2026

Les bergers et la transhumance en Corse : l'âme pastorale d'une île

CARNETS TAFANELLI | ÂME DE LA CORSE

Les bergers et la transhumance en Corse : l'âme pastorale d'une île

Avant les touristes et les plages, il y avait les bergers. Depuis la nuit des temps, des hommes conduisent leurs troupeaux entre la mer et la montagne, au rythme des saisons : c'est la transhumance, et c'est l'un des plus vieux battements de cœur de la Corse. Le berger, u pastore, ses bergeries de pierre, son fromage fait à la main : voici l'âme pastorale de l'île, celle qui a tout façonné.

Une île façonnée par le pastoralisme

On l'oublie souvent : la Corse est, avant tout, une terre de bergers. Pendant des siècles, l'élevage des brebis, des chèvres et des porcs a été le cœur de l'économie et de la vie insulaire. C'est le pastoralisme qui a dessiné les paysages, ouvert les sentiers, bâti les bergeries et nourri les hommes.

Ce sont les troupeaux qui ont entretenu les espaces du maquis et des pâturages d'altitude ; ce sont les bergers qui ont donné à la Corse ses grands produits — les fromages, le brocciu, la charcuterie. Comprendre le berger, c'est comprendre la Corse elle-même.

La Corse a été sculptée non par des rois, mais par des bergers. Chaque sentier, chaque bergerie de pierre, chaque fromage raconte des siècles de gestes patients, transmis de père en fils, entre la mer et les sommets.

La transhumance, au rythme des saisons

La transhumance est le déplacement saisonnier des troupeaux entre deux territoires, pour toujours offrir aux bêtes la meilleure herbe et le climat le plus clément :

  • L'été (l'estive) : quand la chaleur brûle les plaines et le littoral, les bergers montent avec leurs troupeaux vers les pâturages d'altitude, frais et verdoyants, en pleine montagne.
  • L'hiver : à l'automne, on redescend vers les plaines et la côte plus douces, pour passer la mauvaise saison à l'abri du froid et de la neige.

Autrefois, ces migrations pouvaient couvrir de longues distances à travers l'île, à pied, sur des chemins de transhumance immémoriaux. Ce mouvement perpétuel, entre mare et muntagna, est l'un des plus beaux symboles de la Corse : un peuple qui suit le rythme de la nature plutôt que de le contraindre.

U pastore, le berger corse

U pastore, le berger, est une figure fondatrice de l'identité corse. Homme de peu de mots et de grand savoir, il passait l'été seul ou en petit groupe sur les hauteurs, loin du village, avec pour seule compagnie ses bêtes, son chien et l'immensité de la montagne.

Sa vie était rude : lever avant l'aube, traite, fabrication du fromage, surveillance du troupeau, réparations, tout cela dans une solitude et une autonomie totales. Mais c'était aussi une vie de liberté et de dignité, en prise directe avec la nature, riche d'un savoir-faire immense sur les plantes, le climat, les bêtes et le lait. Le berger corse incarne des valeurs qui nous sont chères : l'endurance, l'indépendance, le travail bien fait et l'amour de la terre.

Les bergeries et le fromage de montagne

Sur les hauteurs, le berger vivait et travaillait dans une bergerie (a casa di i pastori) : une modeste construction de pierre sèche, souvent regroupée avec d'autres en petits hameaux d'altitude, à côté de l'enclos des bêtes et du local à fromage (u casgile).

Car c'est là, chaque jour, que naissait le trésor : le fromage. À partir du lait cru de brebis ou de chèvre, le berger fabriquait à la main tommes et bruccii, selon des gestes hérités de générations. Le brocciu, roi des fromages corses, est directement issu de ce savoir pastoral. Aujourd'hui encore, sur le GR20 et dans les vallées, les randonneurs s'arrêtent aux bergeries pour goûter ces produits faits sur place — un lien direct et émouvant avec ce monde ancestral.

Les grands plateaux d'estive

La transhumance estivale menait les troupeaux vers de vastes espaces d'altitude, véritables cathédrales à ciel ouvert du pastoralisme corse :

  • Le plateau du Coscione (Cuscionu), en Alta Rocca, immense étendue de pâturages et de pozzines au pied de l'Incudine.
  • Le Niolu, autour de Calacuccia, terre de bergers par excellence, célèbre pour sa foire et ses traditions.
  • Les hautes vallées comme la Restonica, ou les alentours de Bastelica, parsemés de bergeries.

Ces lieux, aujourd'hui prisés des randonneurs, restent empreints de la présence des bergers : bergeries, enclos, sentiers, pozzines où paissent encore les bêtes en été. Marcher là, c'est fouler la Corse pastorale dans ce qu'elle a de plus authentique.

Un savoir-faire toujours vivant

Le pastoralisme a reculé au XXe siècle, avec l'exode rural et la modernité. Mais il n'a pas disparu — et il renaît. De jeunes éleveurs reprennent les troupeaux, perpétuent la transhumance, fabriquent des fromages fermiers primés, protégés par des labels comme l'AOP brocciu.

Les foires agricoles et pastorales — comme la célèbre foire au fromage — célèbrent chaque année ce patrimoine vivant, où se retrouvent producteurs et amoureux du terroir. Soutenir ces bergers, c'est faire vivre un savoir-faire millénaire et goûter une Corse vraie, celle qui se mérite et se respecte.

La Muntagna et l'esprit TAFANELLI

Le berger corse, c'est un peu notre modèle : l'homme du travail bien fait, patient, autonome, en lien avec sa terre, qui crée de la beauté et de la qualité avec ses mains. Cet esprit d'artisan et cet amour de la montagne — la Muntagna de notre trinité — irriguent tout ce que nous faisons.

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A DOPU,
TAFA

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