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La pêche aux calamars de nuit en Corse : saison, technique et gestes qui font la différence
2 sept. 2026

La pêche aux calamars de nuit en Corse : saison, technique et gestes qui font la différence

CARNETS TAFANELLI | LA CORSE HORS SAISON

La pêche aux calamars de nuit en Corse : saison, technique et gestes qui font la différence

Quand les touristes sont partis, quand les terrasses ferment et que la mer descend sous les vingt degrés, une autre Corse commence. Elle se pratique debout sur un quai, à deux heures du matin, sous un lampadaire, dans le froid, avec une canne légère et beaucoup de patience. La pêche au calamar est probablement la plus belle chose que l'on puisse faire ici entre novembre et janvier. Voici comment elle fonctionne vraiment.

Pourquoi la nuit, et pas le jour

Inutile d'y aller à midi. Vous ne les trouverez pas.

Le calamar est un céphalopode de pleine eau qui passe la journée au large et en profondeur. Il remonte vers la côte au crépuscule et pendant la nuit, et il chasse alors entre un et dix mètres de fond seulement. C'est ce déplacement quotidien qui rend cette pêche accessible depuis un simple quai.

Deux créneaux dominent : la tombée de la nuit et le lever du jour. Entre les deux, la nuit noire reste bonne, à condition d'être au bon endroit.

Il y a une deuxième raison, plus tactique. Le calamar est attiré par la lumière, ou plus exactement par ce que la lumière rassemble : le plancton, puis les petits poissons qui viennent le manger, puis le calamar qui vient manger les petits poissons. C'est pour ça que les éclairages de port sont des postes redoutables.

Vous ne pêchez pas sous le lampadaire par confort. Vous pêchez sous le lampadaire parce que toute la chaîne alimentaire s'y est donné rendez-vous.

La saison : de septembre à avril

En Méditerranée, la fenêtre s'ouvre en septembre et se referme en avril. Les céphalopodes se rapprochent des côtes à mesure que la température de l'eau baisse.

Mais toutes les semaines ne se valent pas.

  • Septembre et octobre. Les premiers calamars arrivent sur les petits fonds côtiers. Les sujets sont souvent petits. C'est la saison où l'on apprend.
  • De novembre à fin janvier. Le cœur de saison, et de loin le meilleur moment. Les poissons sont plus gros et plus nombreux.
  • Février à avril. Ça fonctionne encore, avec des soirées irrégulières.

Autrement dit, cette pêche commence exactement quand l'île se vide. C'est l'un des grands arguments de la Corse hors saison : les meilleures choses y arrivent après le 15 septembre.

Où pêcher : du bord et en bateau

Du bord

C'est la version la plus accessible, et elle ne demande presque rien.

Les zones portuaires sont les meilleurs postes : quais, digues, môles, et particulièrement les secteurs éclairés. Les jetées rocheuses et les pointes en bordure de posidonie fonctionnent également bien.

Sur le bord, vous rencontrerez surtout des calamars blancs, qui vivent plus près de la côte.

La Corse ne manque pas de terrains de jeu : les quais de Bastia, le port de Centuri au bout du Cap Corse, Saint-Florent, L'Île-Rousse, Calvi, Ajaccio, Propriano, Porto-Vecchio et Bonifacio.

En bateau

La pêche embarquée ouvre d'autres zones et d'autres poissons. On cherche des fonds de dix à trente mètres, sur des mélanges de sable et de posidonies, qui concentrent la vie.

C'est là que l'on trouve principalement les calamars rouges, plus profonds et souvent plus gros. On y pratique aussi la traîne, avec un montage de turluttes tiré lentement sur une distance de dix à trente mètres derrière le bateau.

Lire un quai : les taches d'encre

Voilà l'astuce que personne ne donne aux débutants, et c'est probablement la plus utile de tout cet article.

Avant de monter votre canne, regardez le sol.

Un calamar sorti de l'eau projette son encre. Les taches sombres sur le béton d'un quai, sur une digue ou sur des rochers, sont la signature d'un poste productif. Elles vous disent que d'autres pêcheurs sont passés là, et surtout qu'ils ont pris.

Une tache fraîche vaut mieux qu'une heure de prospection à l'aveugle. C'est la carte au trésor la plus honnête qui soit : personne ne peut la truquer.

La turlutte, le seul leurre qui compte

La turlutte est un leurre en forme de petite crevette, lesté, dont l'arrière est garni d'une ou deux couronnes d'aiguilles relevées. Il n'y a pas d'hameçon au sens classique : le calamar enserre le leurre avec ses tentacules et reste pris dans les aiguilles.

C'est le leurre le plus adapté, quelle que soit la technique d'animation. La pratique moderne à la turlutte légère porte un nom venu du Japon, l'eging, et elle a transformé cette pêche en quinze ans.

Trois paramètres à régler :

  • La taille. Exprimée en pouces, généralement de 2.5 à 3.5. Le 3.0 est le bon passe-partout.
  • La vitesse de descente. Une turlutte lente reste plus longtemps dans la zone de chasse. Une turlutte rapide couvre plus d'eau et travaille mieux dans le courant.
  • La couleur. Sujet à part entière, traité plus bas.

Il existe une seconde approche, plus rustique et redoutablement efficace : la sardine. Fixée sur une cage ou un support dédié, elle est très difficile à refuser pour un calamar.

L'animation : le geste qui décide de tout

C'est ici que se joue la différence entre rentrer avec cinq calamars ou rentrer avec zéro.

Le principe est simple à énoncer, plus long à maîtriser : on anime à mi-eau, par tirées franches, suivies d'une pause en chute libre.

Le déroulé type d'une séquence :

  • Lancer, puis laisser la turlutte descendre en comptant les secondes. Comptez, vraiment. C'est ainsi que vous saurez à quelle profondeur la touche s'est produite.
  • Deux ou trois tirées sèches et saccadées de la canne, qui font bondir le leurre vers le haut.
  • La pause. Le leurre redescend en glissant, ligne semi-tendue. C'est presque toujours pendant cette phase que le calamar attaque.
  • Récupération de la bannière, puis on recommence.

La touche n'a rien d'un choc. C'est une lourdeur, une inertie qui n'était pas là, comme si le leurre s'était accroché dans du coton. À cet instant, on ne ferre pas violemment : on maintient une tension constante et on remonte régulièrement, sans à-coups.

Le calamar n'est pas piqué, il est agrippé. Un relâchement de tension, et il lâche. C'est toute la difficulté, et tout le plaisir.

Les couleurs, et pourquoi le rose gagne

Le calamar a une vision remarquable des contrastes. C'est ce qui explique un fait que tous les pêcheurs constatent : le rose et l'orange donnent les résultats les plus réguliers, saison après saison.

Adaptez ensuite selon les conditions :

  • Eau claire, nuit avec lune. Teintes naturelles, rose et orange classiques.
  • Eau turbide, ou nuit sans lune. Passez au rose vif, au jaune ou au vert phosphorescent. Le contraste prime sur le réalisme.
  • Sous un éclairage de port. Testez les deux. La lumière artificielle change complètement la donne.

Emportez trois turluttes minimum, de trois familles de couleurs différentes. Changer de couleur est souvent plus efficace que changer de poste.

La lune, le vent et l'eau

Trois facteurs déterminent une bonne soirée, et aucun ne dépend de vous.

  • La lune. Les nuits sans lune concentrent les poissons autour des sources lumineuses artificielles, ce qui rend les ports très efficaces. Les nuits de pleine lune dispersent, mais permettent de pêcher plus loin des éclairages.
  • Le vent. Un léger clapot est votre allié : il casse la surface et rassure les céphalopodes. Un vent fort, en revanche, rend l'animation impossible et vous fait perdre le contact avec le leurre.
  • La température de l'eau. C'est elle qui commande la saison. Plus l'eau se refroidit, plus les calamars se rapprochent du bord.

Un conseil qui vaut pour toute la Méditerranée : ne jugez jamais un poste sur une seule sortie. Il faut trois ou quatre soirées au même endroit pour comprendre ce qu'il donne.

Le matériel, sans se ruiner

C'est une des pêches les moins chères à démarrer.

  • Une canne légère, de 2,40 à 2,70 mètres, action de pointe, puissance faible. Une canne dite eging si vous voulez l'outil dédié, mais une canne légère polyvalente fait le travail.
  • Un petit moulinet, taille 2000 à 2500.
  • De la tresse fine, qui transmet les touches, avec un bas de ligne en fluorocarbone.
  • Trois turluttes de couleurs différentes.
  • Une lampe frontale, indispensable, à utiliser le moins possible dans l'eau pour ne pas effrayer.
  • Une épuisette, si le quai est haut.
  • Un seau ou une glacière, et de quoi vous protéger de l'encre.

Et une chose que les listes de matériel oublient toujours : habillez-vous chaud. Vous allez rester immobile plusieurs heures, la nuit, en bord de mer, en décembre. C'est là que le froid se gagne.

Les erreurs qui font rentrer bredouille

  • Animer trop vite. C'est de loin l'erreur numéro un. La pause est plus importante que la tirée.
  • Éclairer l'eau en permanence. La frontale sert à démêler et à décrocher, pas à balayer la surface.
  • Ferrer comme sur un poisson. Vous arracherez les tentacules et perdrez la prise.
  • Rester une heure sur un poste vide. Si rien ne se passe en trente minutes, déplacez-vous de cinquante mètres.
  • Ne pas compter la descente. Sans compte, vous ne saurez jamais reproduire ce qui a marché.
  • Piétiner un quai en parlant fort. En un mètre d'eau, ils vous entendent.

Les règles à connaître avant de partir

La pêche maritime de loisir en France ne demande pas de permis, mais elle est encadrée. Quelques principes qui ne souffrent aucune exception.

  • La vente du produit de la pêche de loisir est strictement interdite. Ce que vous pêchez est pour vous, votre famille et vos amis.
  • Les tailles minimales et les quotas varient selon les zones. Les arrêtés préfectoraux et les règlements des aires marines protégées priment sur toute règle générale.
  • Certaines espèces sont soumises à des périodes de fermeture. C'est notamment le cas du poulpe dans plusieurs secteurs méditerranéens.
  • Les réserves et parcs marins ont leurs propres règles, parfois beaucoup plus strictes, et la Corse en compte plusieurs.

Avant votre première sortie, vérifiez la réglementation en vigueur sur votre zone précise auprès de la Direction de la Mer ou de la préfecture maritime. Les règles évoluent, et elles ne sont pas les mêmes d'un golfe à l'autre.

Une règle non écrite, enfin, et elle vaut toutes les autres : on ne prend que ce que l'on va manger. Un calamar remis à l'eau rapidement survit très bien.

En cuisine : les recettes corses

C'est la récompense, et l'île a plusieurs écoles.

  • Les calamars farcis à la bastiaise. Une farce de porc haché, ail, persil, œufs, sel et poivre, glissée dans le manteau et fermée par un pique en bois.
  • Les calamars farcis à l'ajaccienne. Les tentacules hachés avec de l'oignon, revenus à l'huile d'olive, puis tomates, ail et persil.
  • La version du Cap Corse. Farcis d'un risotto à la panzetta et au prisuttu, rôtis, servis avec une purée de tomate.
  • Les calamars farcis aux figatelli. Le mariage terre et mer le plus corse qui soit.
  • La version qui ne s'écrit pas. À la plancha, huile d'olive, ail, persil, citron, dix minutes après la sortie de l'eau. C'est celle que font les pêcheurs.

Un conseil de préparation : un calamar se cuit soit très vite, soit très longtemps. Entre les deux, il devient caoutchouteux, et c'est irrattrapable.

Pour accompagner, un blanc de l'île. Notre guide des vins corses détaille les appellations.

Ce que cette pêche dit de l'île

Il y a une Corse que les vacanciers ne verront jamais, et elle commence en octobre.

C'est celle des quais déserts, des ports rendus aux gens du coin, des soirées où l'on croise trois pêcheurs et personne d'autre. C'est aussi la saison de la pêche à l'oursin, l'autre grande affaire de l'hiver insulaire, et celle du corail rouge pour les quelques corailleurs qui en ont le droit.

Ces trois pêches ont quelque chose en commun : elles se font quand il fait froid, elles demandent de la patience, et elles ne rapportent rien à personne d'autre qu'à celui qui les pratique.

C'est exactement l'idée que nous nous faisons de l'île. Pas la carte postale de juillet, mais le quai de décembre.

Notre t-shirt LA PÊCHE AUX OURSINS est né de cette Corse-là. Et si vous cherchez ce qu'il y a derrière une marque qui parle de ça plutôt que de plages, c'est expliqué dans notre guide sur ce que veut dire une marque corse.

Questions fréquentes

Quelle est la meilleure période pour pêcher le calamar en Corse ?

De septembre à avril, avec un pic très net de novembre à fin janvier. Les céphalopodes se rapprochent des côtes à mesure que l'eau se refroidit, ce qui rend la pêche du bord possible en plein hiver.

Pourquoi pêche-t-on le calamar la nuit ?

Parce qu'il passe la journée au large et en profondeur, et qu'il remonte vers la côte au crépuscule pour chasser entre un et dix mètres de fond. La lumière artificielle des ports attire le plancton, puis les petits poissons, puis les calamars.

Qu'est-ce qu'une turlutte ?

Un leurre en forme de petite crevette, lesté, garni à l'arrière d'une ou deux couronnes d'aiguilles relevées. Il n'y a pas d'hameçon : le calamar enserre le leurre avec ses tentacules et reste pris dans les aiguilles. La pratique moderne à la turlutte légère s'appelle l'eging.

Quelle couleur de turlutte choisir ?

Le rose et l'orange donnent les résultats les plus réguliers, parce que le calamar perçoit très bien les contrastes. Par eau trouble ou nuit sans lune, passez au rose vif, au jaune ou au vert phosphorescent.

Comment animer une turlutte ?

À mi-eau, par tirées franches et saccadées de la canne, suivies d'une pause en chute libre. C'est presque toujours pendant la descente que le calamar attaque. Comptez les secondes de descente pour pouvoir reproduire ce qui a fonctionné.

Comment reconnaître la touche ?

Ce n'est pas un choc mais une lourdeur, une inertie soudaine. Ne ferrez pas violemment : le calamar n'est pas piqué, il est agrippé. Maintenez une tension constante et remontez régulièrement, sans à-coups.

Faut-il un permis pour pêcher le calamar en Corse ?

La pêche maritime de loisir ne nécessite pas de permis en France, mais elle est réglementée. Les tailles minimales, les quotas et les zones interdites varient selon les secteurs et les aires marines protégées. Vérifiez les arrêtés en vigueur sur votre zone avant de partir. La vente du produit de la pêche de loisir est strictement interdite.

Où pêcher le calamar du bord en Corse ?

Les zones portuaires sont les meilleurs postes : quais, digues et môles, particulièrement sous les éclairages. Bastia, Centuri, Saint-Florent, L'Île-Rousse, Calvi, Ajaccio, Propriano, Porto-Vecchio et Bonifacio offrent tous des accès directs.

Comment repérer un bon poste ?

Regardez le sol avant de monter votre canne. Les taches d'encre séchées sur le béton d'un quai ou sur les rochers signalent qu'un calamar y a été sorti de l'eau. C'est l'indice le plus fiable qui existe.

Quelle différence entre calamar blanc et calamar rouge ?

Le calamar blanc vit plus près de la côte et c'est celui que l'on prend majoritairement du bord. Le calamar rouge se tient plus au large et plus profond, sur des fonds de dix à trente mètres, et se pêche surtout en bateau.

Comment cuisiner les calamars à la corse ?

Farcis, principalement : à la bastiaise avec du porc haché, ail et persil, à l'ajaccienne avec les tentacules, oignon et tomate, ou aux figatelli. Simplement à la plancha avec huile d'olive, ail et citron pour les plus frais. Retenez la règle : très vite, ou très longtemps, jamais entre les deux.

Pour aller plus loin

Pour découvrir notre vestiaire méditerranéen, parcourez la collection complète.

Un quai vide, une lampe, une canne légère et trois heures devant soi. C'est peu de chose, et c'est probablement la meilleure façon de passer une nuit de décembre sur cette île.

A DOPU,
TAFA

En passant par la Corse, le client devient un ami.

Sources : Nootica, La pêche du calamar. Peche.com, Le calamar, une pêche automnale à la turlutte et Débuter la pêche du calamar et de la seiche. 1max2peche, Comment pêcher le calamar du bord, la tendance eging. Réglementation de la pêche maritime de loisir, arrêtés préfectoraux en vigueur. Article établi en septembre 2026, à vérifier auprès de la Direction de la Mer pour toute évolution réglementaire.

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