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Les îles Sanguinaires : le guide complet de l'archipel rouge d'Ajaccio
Aug 24, 2026

Les îles Sanguinaires : le guide complet de l'archipel rouge d'Ajaccio

CARNETS TAFANELLI | LIRE L'ÎLE

Les îles Sanguinaires : le guide complet de l'archipel rouge d'Ajaccio

Quatre îlots de porphyre rouge sombre à l'entrée du golfe d'Ajaccio, un phare qui a inspiré Alphonse Daudet, un lazaret oublié, et un coucher de soleil que personne n'oublie. En 1959, on a failli y construire un téléphérique et lotir les îles. Voici ce qu'elles sont vraiment, et comment les voir.

Quatre îlots et un rocher

On dit « les Sanguinaires » comme on dirait un seul lieu. En réalité, l'archipel, Ìsuli Sanguinarii en corse, se compose de quatre îlots de porphyre d'un rouge sombre, alignés à l'entrée du golfe d'Ajaccio, dans le prolongement de la presqu'île de la Parata.

Dans l'ordre, en s'éloignant de la côte :

  • I Porri, l'îlot des poireaux, 31 mètres de haut. Il doit son nom au poireau sauvage qui y pousse en abondance.
  • U Sbiru, un rocher nu de 13 mètres, coincé entre Porri et les Cormorans.
  • L'îlot des Cormorans, aussi appelé Isolotto ou Isulu di l'Oca.
  • Cala d'Alga, 30 mètres.
  • Mezu Mare, dite la Grande Sanguinaire. C'est la principale, celle qui porte le phare, le sémaphore et les ruines. La seule qui se visite.

L'ensemble, avec la pointe de la Parata, couvre 405 hectares.

Ce ne sont pas des îles où l'on va. Ce sont des îles que l'on regarde, et une seule où l'on débarque.

D'où vient le nom « Sanguinaires »

C'est la question que tout le monde pose, et il n'y a pas une réponse mais cinq. Aucune n'a définitivement gagné.

La lumière

L'explication la plus répandue, et la plus belle : la lumière pourpre qui ensanglante les roches juste avant que le soleil ne tombe dans la mer. Quiconque a vu ça une fois trouve l'explication suffisante.

Les frankénies

Hypothèse botanique. La Frankenia laevis, petite plante à fleurs roses, dont les feuilles virent au rouge vif en automne. Vue de loin, elle teinte les rochers.

Les nivéoles

Même logique, avec leurs fleurs roses.

Sagone

L'hypothèse la plus sérieuse historiquement, et la moins romantique. Des cartes anciennes mentionnent les îles « sagunarie », et une carte de 1595 les nomme Sagonares insulae, soit « les îles qui annoncent Sagone ». Les navigateurs qui les dépassaient savaient qu'ils approchaient de l'évêché de Sagone. Abraham Ortelius les appelle « Sangianare isole » sur ses cartes de 1573 et 1584, et Leandro Alberti fait de même en 1567.

Les pêcheurs de corail

La plus sombre. Les pêcheurs de corail revenant d'Afrique, mis en quarantaine sur l'île, étaient surnommés i sanguinari, les gens au sang noir.

Choisissez celle que vous voulez. En Corse, un nom qui a cinq origines est un nom qui a beaucoup servi.

Le phare, et Daudet

Le phare actuel date de 1870. Il succède à un premier édifice de 1844, dont le projet était né six ans plus tôt : il avait fallu tout ce temps pour acheminer les pierres et les matériaux sur ce rocher.

Il se dresse au point culminant de Mezu Mare, à 80 mètres au-dessus de la mer. Il a été automatisé en 1985, l'année où le dernier habitant a quitté l'île. Il est protégé au titre du patrimoine architectural depuis 2003.

Le phare des Sanguinaires

En 1869, Alphonse Daudet séjourne sur l'île et y trouve la matière d'un des textes les plus connus des Lettres de mon moulin : Le Phare des Sanguinaires.

Il y décrit la solitude des gardiens, le vent, la lampe qui tourne, et cette impression d'être au bout du monde à un kilomètre de la ville. C'est ce texte qui a fait connaître ces rochers bien au-delà de la Corse, et qui explique qu'un lecteur de Lyon ou de Lille en ait entendu parler sans jamais être venu.

Un peu plus au sud se trouve le sémaphore, mis en service en 1865 et désaffecté en 1955, remplacé par celui de la Parata, plus facile d'accès.

La tour de la Parata et les tours oubliées

La tour de la Parata est la silhouette que tout le monde photographie. Elle domine la pointe à 55 mètres d'altitude, en ruine, avec l'archipel derrière elle.

Elle a été construite en 1550-1551 par Giacomo Lombardo, chef maçon génois. Douze mètres de haut, sept mètres trente de diamètre à la plate-forme, deux salles voûtées superposées. Dans les archives génoises, elle porte un nom qui dit tout de sa fonction : Sanguinera di Terra, la Sanguinaire de la terre.

Elle est restée propriété du ministère de la Guerre jusqu'en 1838, année où la presqu'île fut cédée à la commune d'Ajaccio. En 2021, endommagée par les intempéries, elle a été retenue par la Mission patrimoine, qui a doté sa restauration de 49 000 euros.

Les deux tours disparues ou oubliées

Il y avait une jumelle en mer. La Sanguinera di Fuori, ou di Mare, construite en 1590 au point culminant de la Grande Sanguinaire. Elle a été démolie au dix-neuvième siècle pour laisser la place au phare.

Une troisième subsiste, plus discrète : la torra di Castelluchju, petite tour carrée défensive de la seconde moitié du dix-huitième siècle, à l'extrême sud de Mezu Mare. Elle est en bon état, mais difficile d'accès, et ce n'est pas à proprement parler une tour génoise.

Le lazaret : neuf ans de quarantaine

C'est la part la plus oubliée de l'histoire de ces îles, et l'une des plus parlantes.

En 1806, Mezu Mare devient un poste sanitaire. On y construit un lazaret, destiné à la mise en quarantaine des pêcheurs de corail qui rentraient d'Afrique. Avant de poser le pied sur le continent insulaire, ils devaient attendre là, sur ce caillou, le temps qu'on soit sûr qu'ils ne rapportaient pas la maladie.

Le bâtiment n'a fonctionné que neuf ans. Le lazaret a ensuite été transféré à Aspretto, dans le port d'Ajaccio, en 1847.

Il en reste le soubassement pentagonal, entre le sémaphore et le phare. On passe devant sans savoir.

1959, l'année où on a failli tout perdre

Voici le fait que presque personne ne connaît, et qui devrait figurer sur un panneau à l'entrée du site.

En 1959, les îles Sanguinaires ont été vendues à une société immobilière. Le projet : lotir les îlots, et installer un téléphérique reliant la pointe de la Parata à la Grande Sanguinaire.

Prenez une seconde pour imaginer. Des câbles au-dessus du golfe, des cabines au-dessus de l'eau, et des constructions sur le porphyre rouge.

Le projet ne s'est jamais fait. Le conseil départemental de la Corse-du-Sud a ensuite acquis l'intégralité du site.

La protection est venue après, patiemment :

  • Novembre 2008 : intégration au Réseau des Grands Sites de France.
  • Mars 2017 : attribution du label Grand Site de France.
  • Classement Natura 2000 et zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique.

Ce que vous voyez aujourd'hui, ce n'est pas un paysage qui s'est conservé tout seul. C'est un paysage que des gens ont refusé de vendre.

Ce qui pousse et ce qui vole

Les îlots ont l'air arides. Ils ne le sont pas.

Plus de 150 espèces végétales poussent sur la seule Mezu Mare. C'est une densité rare pour une surface aussi petite, et l'île abrite des plantes rares, dont certaines absentes du reste de la Corse.

  • La végétation arborescente est dominée par le lentisque, basse et couchée par le vent, adaptée aux embruns.
  • On y trouve l'arum mange-mouche, plante spectaculaire et peu commune.
  • Le poireau sauvage abonde, au point d'avoir donné son nom à l'îlot d'I Porri.

Côté oiseaux, l'archipel est un refuge pour les espèces marines, notamment le goéland leucophée et le puffin. C'est la raison principale du classement, et la raison pour laquelle on ne débarque pas où l'on veut.

Comment visiter

La pointe de la Parata, à pied et gratuitement

C'est l'accès le plus simple, et le plus beau pour le coucher de soleil. Un sentier aménagé mène à la tour génoise, avec l'archipel en face. Comptez une trentaine de minutes aller-retour, sans difficulté, mais avec du vent presque toujours.

Le site est très fréquenté en été. Arrivez tôt, ou venez hors saison.

Mezu Mare, en bateau

Des navettes et promenades en mer partent du port d'Ajaccio et permettent de débarquer sur la Grande Sanguinaire, la seule île accessible. On y monte jusqu'au phare, on longe le sémaphore et les vestiges du lazaret.

Prévoyez de l'eau, de bonnes chaussures et un couvre-chef : il n'y a aucune ombre.

La chapelle

À l'entrée de la presqu'île se trouve la chapelle de la Parata, édifiée en 1954. La messe y est encore célébrée chaque dimanche.

Les règles

  • Site classé et Natura 2000. On reste sur les sentiers.
  • Trois des quatre îlots ne se visitent pas. Ce sont des zones de nidification.
  • Aucun déchet ne reste sur place.

Le coucher de soleil

C'est le motif pour lequel la plupart des gens viennent, et il faut le dire simplement : il est à la hauteur.

Le soleil tombe exactement dans l'axe de l'archipel. Le porphyre, déjà rouge, passe au pourpre. La tour se découpe en noir. Et pendant quelques minutes, on comprend l'hypothèse étymologique la plus romantique sans avoir besoin qu'on vous l'explique.

Quelques conseils pratiques :

  • Arrivez une heure avant. Le parking se remplit vite et la marche prend du temps.
  • Restez après. Les vingt minutes qui suivent la disparition du soleil sont souvent les plus belles, et il n'y a plus personne.
  • Le vent tombe rarement. Prenez une veste, même en août.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il d'îles Sanguinaires ?

Quatre îlots : Mezu Mare, dite la Grande Sanguinaire, l'îlot des Cormorans, Cala d'Alga et I Porri. À quoi s'ajoute le rocher U Sbiru, haut de 13 mètres.

Pourquoi les appelle-t-on Sanguinaires ?

Plusieurs hypothèses coexistent : la lumière pourpre du couchant sur le porphyre rouge, la couleur des frankénies en automne, ou une déformation de « Sagonares insulae », les îles qui annoncent Sagone, nom relevé sur des cartes du seizième siècle.

Peut-on visiter les îles Sanguinaires ?

Seule Mezu Mare, la Grande Sanguinaire, est accessible, par bateau depuis Ajaccio. Les autres îlots sont des zones protégées de nidification et ne se visitent pas. La pointe de la Parata, elle, est accessible à pied et gratuitement.

Le phare des Sanguinaires est-il celui de Daudet ?

Oui. Alphonse Daudet y séjourne et s'en inspire en 1869 pour la nouvelle « Le Phare des Sanguinaires », publiée dans les Lettres de mon moulin. Le phare actuel date de 1870 et succède à un premier édifice de 1844.

Quand y aller pour le coucher de soleil ?

Toute l'année, mais arrivez une heure avant l'horaire annoncé. Le site est très fréquenté en juillet et août. Le printemps et l'automne offrent la même lumière avec beaucoup moins de monde.

La tour de la Parata est-elle génoise ?

Oui. Elle a été construite en 1550-1551 par Giacomo Lombardo, chef maçon génois, et s'appelait la Sanguinera di Terra. Elle est aujourd'hui en ruine et a fait l'objet d'un programme de restauration.

Pourquoi ce sujet nous tient

Chez TAFANELLI, nous dessinons ce qui compose la mémoire de l'île. Les Sanguinaires y occupent une place que rien ne remplace, et pas seulement pour la carte postale.

Ce qui nous arrête, c'est 1959. Ces îles ont failli devenir un lotissement avec un téléphérique. La décision se jouait à peu de chose. Quelqu'un a dit non, et le paysage que des milliers de gens viennent regarder chaque soir existe grâce à ce refus.

On oublie toujours ça. On croit que les beaux endroits sont beaux parce que personne n'y a touché. C'est faux. Ils sont beaux parce que quelqu'un s'est battu pour qu'on n'y touche pas.

Il y a aussi le phare, et ce qu'il raconte. Daudet est venu, il a écrit sur des gardiens seuls face au vent, et ce texte a fait plus pour la Corse que bien des campagnes. Une île de porphyre rouge devenue un lieu littéraire parce qu'un homme y a passé quelques semaines.

Enfin, il y a ce que nous cherchons dans chaque dessin : ce moment précis où la lumière change tout. Ici, il dure vingt minutes, il arrive une fois par jour, et il ne se photographie jamais aussi bien qu'on l'a vu.

À lire aussi : le guide complet d'Ajaccio, les dix plus belles îles satellites de Corse et les tours génoises de l'île.

En passant par la Corse, le client devient un ami.

A DOPU, TAFA

Sources : Grand Site des Îles Sanguinaires et Pointe de la Parata, Grand Site de France ; ville d'Ajaccio ; Franck Cervoni, Images de la Corse, 120 cartes des origines à 1831 ; inventaire du patrimoine, phare des îles Sanguinaires ; Natura 2000 et ZNIEFF 940004131 ; Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin.

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