Le 8 septembre en Corse : Lavasina, la Santa di u Niolu, et pourquoi l'île fête la Vierge
Chaque 8 septembre, la Corse s'arrête pour la Nativité de la Vierge. À Lavasina, dans le Cap Corse, trois mille personnes descendent aux flambeaux jusqu'à la mer. À Casamaccioli, dans le Niolu, la plus vieille foire de l'île tourne en spirale autour d'une statue. Ce n'est pas une fête parmi d'autres. C'est le jour où l'île se rappelle à qui elle s'est confiée en 1735.
Pourquoi le 8 septembre est la fête corse par excellence
La Nativité de la Vierge se célèbre le 8 septembre dans toute l'Église catholique, depuis des siècles. Mais en Corse, ce jour a une épaisseur que l'on ne trouve nulle part ailleurs.
En janvier 1735, à Orezza, la Consulta proclame l'indépendance de l'île et la place sous la protection de la Vierge. La Corse se donne une souveraine : a Regina di Corsica. Le chant qui lui est adressé, le Dio vi salvi Regina, devient l'hymne de l'île, et l'est resté.
Depuis, la Vierge est partout. Plus de cent vingt églises et oratoires lui sont dédiés sur l'île. Et le 8 septembre, jour de sa naissance, est celui où toute la Corse, du Cap au Niolu, la fête en même temps.
Le 8 septembre, ce n'est pas la Corse qui va à la messe. C'est la Corse qui rend visite à sa reine.
Deux lieux concentrent cette ferveur, à quelques dizaines de kilomètres l'un de l'autre, et ils ne se ressemblent pas du tout.
Lavasina : le tableau, la tempête et le miracle
Lavasina est un hameau de Brando, sur la côte est du Cap Corse, à dix minutes au nord de Bastia. Une anse, une plage de galets, un clocher. Et un sanctuaire que l'on surnomme le Lourdes de Corse.
L'histoire commence au XVIIe siècle avec une famille de marins marchands, les Danese. Un client de Rome, incapable de les payer, leur remet en règlement un tableau anonyme représentant la Vierge. En ouvrant l'emballage, ils y trouvent la somme exacte qui leur était due. Ils placent le tableau sur l'autel de leur chapelle familiale.
En 1675, une religieuse de Bonifacio, sœur Marie-Agnès, se réfugie dans cette chapelle pour échapper à une tempête. Elle est paralysée des jambes. Elle se frotte avec l'huile de la lampe qui éclaire le tableau, et la douleur disparaît.
Le miracle fait le tour de l'île. Un sanctuaire est construit, inauguré le 7 septembre 1677. Le lendemain, 8 septembre, on y célèbre pour la première fois la Nativité de la Vierge. Cela fait trois cent quarante-neuf ans que l'on ne s'est jamais arrêté.
LE CAP CORSE, NOTRE CÔTÉ DE L'ÎLE
La Trinità
Mare, muntagna, machja. Les trois éléments qui font la Corse, sérigraphiés à la main sur un coton biologique épais. Le t-shirt de ceux qui savent d'où ils viennent.
Voir La TrinitàLavasina aujourd'hui : les flambeaux et la mer
La fête ne dure pas un jour, elle dure dix. Une neuvaine s'ouvre le 30 août et se referme le 7 septembre au soir, avec le moment que tout le monde attend.
Le 7 septembre, 21 heures : la retraite aux flambeaux
Environ trois mille personnes accompagnent la statue de la Madone depuis le sanctuaire jusqu'à la plage qui le borde. Des flambeaux, des chants, la mer noire au bout de la procession. En 2026, la messe solennelle qui suit était présidée par le cardinal François Bustillo, évêque d'Ajaccio.
Si vous ne devez voir qu'une seule chose du 8 septembre corse, c'est celle-là. Une procession qui finit les pieds dans l'eau, dans le Cap, de nuit.
Le 8 septembre : la journée
- Messes à 8h et 9h
- Messe solennelle à 10h30
- Vêpres et procession à 16h
- Dernière messe à 18h30
Entre les offices, le hameau vit : les familles pique-niquent sur les galets, les pèlerins arrivent de tout le Cap et de Bastia, certains viennent encore par la mer comme autrefois.
A Santa di u Niolu : la foire des bergers
Changez de versant. Quittez la mer, montez dans le Niolu, la haute vallée au pied du Cintu, et arrivez à Casamaccioli.
Là, le 8 septembre a un autre visage. A Santa di u Niolu est la plus ancienne foire de Corse. Elle se tient sans interruption depuis 1830, et son origine est pastorale : c'était le rendez-vous des bergers à leur retour de transhumance, le moment de vendre, d'acheter, de se retrouver avant l'hiver.
Elle mêle aujourd'hui trois choses que seule la Corse sait tenir ensemble.
- La messe solennelle, avec les confréries et les chants.
- A Granitula, la procession en spirale : la statue de la Vierge est portée par les confréries qui s'enroulent lentement sur elles-mêmes, comme une coquille d'escargot, sur le champ de foire. On la retrouve ailleurs dans l'île, mais celle du Niolu est la plus célèbre.
- La foire et le chjam'è rispondi, ces joutes de poésie chantée improvisée où deux hommes se répondent en vers, devant tout le monde, parfois pendant des heures.
En 2026, c'était la cent quatre-vingt-seizième édition. Producteurs, artisans, éleveurs, familles du Niolu et visiteurs venus de loin. Quatre jours, du 5 au 8 septembre, dans un village qui compte une centaine d'habitants le reste de l'année.
Le 8 septembre dans les villages
Lavasina et Casamaccioli sont les deux pôles, mais le 8 septembre se fête partout. Des dizaines de villages sortent leur statue, organisent leur procession, chantent leur messe. Souvent en polyphonie, cette paghjella que l'UNESCO a inscrite au patrimoine de l'humanité.
C'est le même esprit que le 15 août, trois semaines plus tôt, mais avec quelque chose de plus grave. Le 15 août est encore une fête d'été. Le 8 septembre est déjà une fête de rentrée.
Pour comprendre la place de la Vierge dans l'île, il faut aussi voir le Catenacciu de Sartène, au Vendredi saint, ou la Vierge sous-marine de Calvi. La Corse ne pratique pas sa foi à moitié.
Après la Santa, la rentrée
Il y a en Corse une expression que l'on entend chaque année à cette période : « après la Santa ». Après la Santa, on reprend le travail. Après la Santa, les enfants retournent à l'école. Après la Santa, l'été est fini.
Le 8 septembre est la vraie frontière de l'année insulaire. Avant, c'est la saison, les visiteurs, les routes pleines. Après, l'île redevient elle-même. Ce n'est pas un hasard si les bergers en avaient fait leur rendez-vous de retour de transhumance : c'est le jour où l'on redescend.
Si vous voulez voir ce qui vient ensuite, on l'a écrit : la Corse en septembre et à l'automne, puis la Corse en hiver.
Questions fréquentes
Que se passe-t-il le 8 septembre en Corse ?
C'est la Nativité de la Vierge, protectrice de l'île depuis la Consulta de 1735. Toute la Corse la célèbre : messes, processions, foires. Les deux rassemblements les plus importants sont Lavasina, dans le Cap Corse, et A Santa di u Niolu à Casamaccioli.
Où se trouve Lavasina ?
Dans la commune de Brando, sur la côte est du Cap Corse, à une dizaine de kilomètres au nord de Bastia. Le sanctuaire Notre-Dame des Grâces domine une petite anse et sa plage de galets.
Pourquoi appelle-t-on Lavasina le Lourdes de Corse ?
À cause du miracle de 1675 : une religieuse paralysée des jambes, réfugiée dans la chapelle pendant une tempête, fut guérie après s'être frottée avec l'huile de la lampe du tableau de la Vierge. Le sanctuaire fut construit dans la foulée et attire des pèlerins depuis 1677.
Quand a lieu la procession aux flambeaux de Lavasina ?
Le 7 septembre au soir, à 21 heures, la veille de la Nativité. Environ trois mille personnes accompagnent la statue de la Madone jusqu'à la plage. C'est le moment fort de la fête.
Qu'est-ce que la Santa di u Niolu ?
La plus ancienne foire de Corse, tenue chaque 8 septembre à Casamaccioli depuis 1830. À l'origine un rendez-vous de bergers au retour de transhumance, elle mêle aujourd'hui messe solennelle, procession en spirale appelée Granitula, foire artisanale et joutes de poésie chantée.
Qu'est-ce que la Granitula ?
Une procession en spirale. Les confréries portant la statue s'enroulent lentement sur elles-mêmes, comme une coquille d'escargot, puis se déroulent. On la pratique dans plusieurs villages corses, la plus connue étant celle de Casamaccioli.
Peut-on assister à ces fêtes en tant que visiteur ?
Oui, et vous serez bien accueilli, à condition de respecter ce que vous voyez. Ce sont des fêtes religieuses vivantes, pas des spectacles. On regarde, on se tait pendant les chants, on ne se met pas devant les porteurs.
Le 8 septembre et TAFANELLI
Lavasina est à dix minutes de chez nous. On vous écrit depuis Bastia, et le 7 septembre au soir, on sait exactement où sont la moitié des gens qu'on connaît.
Ce que cette fête raconte, c'est ce que l'on essaie de mettre dans nos pièces : une île qui ne s'excuse pas de ses traditions, qui les fait vivre plutôt que de les conserver, et qui sait qu'après la Santa, on redescend et on se remet au travail. Le drapeau, la polyphonie, les bergers : tout ce que l'on dessine vient de là.
- Le t-shirt La Trinità : mare, muntagna, machja, les trois Corse réunies.
- Le t-shirt Corsica 1755, l'année de l'indépendance.
- La collection sweatshirts, pour les soirs de septembre sur les galets de Lavasina.
Pour aller plus loin : ce que veut dire une marque corse.
Trois mille flambeaux qui descendent vers la mer, un soir de septembre, dans le Cap. On ne l'explique pas. On y va.
En passant par la Corse, le client devient un ami.
A DOPU,
TAFA
Sources : Sanctuaire Notre-Dame de Lavasina, Église catholique de Corse, Corse Net Infos, Agenda Culturel Corse, Alta Frequenza, Stampa Paese. Article établi le 9 septembre 2026.





















