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JUL et la Corse : Cargèse, I Muvrini et le rendez-vous de Calvi
Aug 10, 2026

JUL et la Corse : Cargèse, I Muvrini et le rendez-vous de Calvi

CARNETS TAFANELLI | CULTURE INSULAIRE

JUL et la Corse : Cargèse, I Muvrini et le rendez-vous de Calvi

Le 5 décembre 2025, l'artiste le plus certifié de France sortait un album contenant deux duos corses, dont un chanté en langue corse. Huit mois plus tard, il revenait jouer à l'Eden Port de Calvi pour la quatrième année consécutive. Derrière ce qui ressemble à une affinité estivale, il y a un père originaire de Cargèse, une lignée, et un débat qui a agité l'île tout l'hiver.

Un père de Cargèse

Julien Mari est marseillais, né en 1990, et personne n'incarne mieux sa ville que lui. Mais son lien avec la Corse n'est pas une affaire de goût pour les vacances.

Son père est originaire de Cargèse, en Corse-du-Sud. L'information a longtemps circulé sans être vraiment documentée, et elle reste discutée par certains. Ce qui ne l'est pas, c'est que l'artiste se revendique lui-même des deux territoires, à la fois sudiste marseillais et corse du Sud.

Cargèse n'est pas un village comme les autres. C'est le village grec de Corse, fondé au XVIIe siècle par des familles grecques du Magne fuyant l'Empire ottoman, avec ses deux églises face à face, l'une latine et l'autre de rite byzantin. Un lieu qui, depuis trois siècles et demi, sait exactement ce que veut dire appartenir à deux cultures en même temps.

Venir d'un village qui porte deux liturgies dans une même rue, c'est peut-être la meilleure école pour comprendre qu'on peut être de Marseille et de Corse sans avoir à choisir.

TP sur TP, deux duos corses sur un même album

L'album TP sur TP, sorti le 5 décembre 2025, contient deux collaborations avec des artistes de l'île. Ce n'est pas un featuring de circonstance, c'est une double prise de position sur un même disque.

  • « À chacun sa victoire », en duo avec I Muvrini, le groupe le plus emblématique de la musique corse contemporaine.
  • « Per l'eternità », avec le jeune chanteur Marcu Antone Fantoni, premier titre de sa carrière où il chante en langue corse.

Deux générations de la musique insulaire sur un même album de rap français. La chose n'avait jamais été faite à cette échelle.

« À chacun sa victoire », le duo avec I Muvrini

Il faut mesurer ce que représente I Muvrini pour comprendre l'événement.

Le groupe des frères Bernardini porte la polyphonie corse sur les scènes internationales depuis les années 1980. Il a fait entendre la langue de l'île à des publics qui ne l'auraient jamais croisée autrement, et il occupe dans la culture insulaire une place que peu de formations occupent dans leur propre pays.

Le morceau s'ouvre sur les voix du groupe avant que le rap n'entre. Deux univers qui n'avaient aucune raison de se croiser, et qui tiennent ensemble.

La réaction ne s'est pas fait attendre. Une partie du public corse a mal pris cette rencontre, et le groupe a dû s'expliquer publiquement, en défendant le choix et en affirmant son respect pour l'artiste. Que I Muvrini ait à se justifier de collaborer avec le musicien français le plus écouté de sa génération en dit long sur les crispations que suscite toute évolution de la musique insulaire.

« Per l'eternità », le premier texte en langue corse

C'est l'autre morceau, et le plus marquant.

Pour la première fois en plus de dix ans de carrière et des dizaines d'albums, l'artiste chante en langue corse. Quelques mesures, sur une instrumentation où la guitare domine, aux côtés de Marcu Antone Fantoni.

Deux vers résument l'intention. « O fratellu, femu luce a nostr'isula », que l'on peut rendre par : ô frère, faisons briller notre île. Et cette ligne, en français, qui pose le double ancrage sans détour : « Marseille à vie, c'est gravé dans mon cœur, moi c'est Corse à la mort, ses coutumes, ses valeurs ».

Le morceau parle d'identité, de transmission, et de la perte de l'honneur, du respect et de la fraternité. Ce sont exactement les thèmes du répertoire traditionnel insulaire, portés par une rythmique contemporaine.

La rencontre s'est faite simplement. L'artiste avait partagé sur son compte Instagram une reprise de U prete Andria, morceau écrit par Jean-Paul Poletti, interprétée par le jeune Marcu Antone. Le duo est né de là.

Le débat que ces morceaux ont ouvert

Les retours ont été partagés, et c'est intéressant.

D'un côté, ceux qui saluent la prise de risque et y voient une visibilité inespérée pour la langue et le chant corses. Un artiste de cette audience qui chante en corse, c'est plusieurs millions d'auditeurs exposés à une langue classée en danger par l'UNESCO.

De l'autre, des critiques sur la prononciation et sur la légitimité même de la démarche. Les tenants d'une certaine orthodoxie du chant insulaire ont estimé que la langue méritait mieux qu'un passage de quelques mesures.

Une langue qui n'est plus discutée est une langue morte. Le fait qu'un morceau divise prouve surtout que la question compte encore pour beaucoup de monde.

Ce débat n'est pas nouveau. Il traverse la culture corse depuis le riacquistu des années 1970 : faut-il conserver les formes anciennes intactes, ou accepter qu'elles se transforment au risque de se dénaturer ? C'est la même question qui s'est posée pour la polyphonie, pour les prénoms, pour le costume.

Et à chaque fois, la réponse a été la même : ce qui survit, c'est ce qui circule.

L'Eden Port de Calvi, quatrième été de suite

Le samedi 8 août 2026, il était de retour à l'Eden Port, sur le port de plaisance de Calvi. Portes à 20 heures, entrée en scène peu avant minuit, places à 159,99 euros, complet.

C'est la quatrième année consécutive. La première date remonte à l'été 2023, et toutes ont affiché guichets fermés.

Le format n'a rien à voir avec ses concerts habituels. Un showcase dans un club de bord de mer, quelques centaines de personnes, aucune production monumentale derrière laquelle se cacher. Pour quelqu'un qui remplit le Vélodrome, c'est un exercice bien plus exposé.

Quatre étés au même endroit, dans une salle de cette taille, quand on pourrait jouer n'importe où en août : ce n'est plus une date, c'est une habitude prise.

Il s'affiche par ailleurs régulièrement en concert avec le drapeau à tête de Maure, et avait déjà collaboré avec le chanteur corse Francè Zito avant les duos de TP sur TP.

Marseille et la Corse, une même famille

Au-delà du cas particulier, il y a une réalité que l'on oublie souvent de rappeler.

Marseille est la première ville corse du monde. Pas administrativement, démographiquement : aucune commune de l'île n'abrite autant de Corses et de descendants de Corses que la cité phocéenne. Le mouvement commence au XIXe siècle et s'amplifie après les deux guerres, quand les villages de l'intérieur se vident vers le continent.

Des générations entières ont fait le même trajet : le bateau de nuit vers Marseille pour travailler, le bateau de nuit vers l'île en août pour retrouver le village. Des centaines de milliers de familles, et beaucoup le font encore.

Un artiste marseillais qui vient jouer à Calvi chaque été ne traverse donc pas une frontière. Il refait un trajet que sa ville connaît par cœur, et que sa propre famille a fait avant lui.

Questions fréquentes

JUL est-il corse ?

Il est né et a grandi à Marseille. Son père est originaire de Cargèse, en Corse-du-Sud, et il se revendique des deux territoires. Cette origine reste discutée par certains, mais l'artiste l'affirme lui-même dans ses textes.

A-t-il déjà chanté en langue corse ?

Oui, dans « Per l'eternità », en duo avec Marcu Antone Fantoni, sur l'album TP sur TP sorti le 5 décembre 2025. C'est le seul titre de sa carrière où il s'exprime en corse.

Quel est son duo avec I Muvrini ?

« À chacun sa victoire », également sur TP sur TP. Le morceau s'ouvre sur les voix du groupe polyphonique avant l'entrée du rap.

Quand joue-t-il à Calvi ?

Chaque été depuis 2023, à l'Eden Port, sur le port de plaisance. En 2026, le showcase a eu lieu le samedi 8 août. Les dates sont généralement annoncées au début de l'été et partent très vite.

Pourquoi le duo avec I Muvrini a-t-il fait polémique ?

Une partie du public corse a jugé la rencontre inappropriée. Le groupe a répondu publiquement en assumant le choix et en exprimant son respect pour l'artiste. Le débat porte sur la place de la tradition face aux formes contemporaines.

Ce que ça dit de l'île, et de nous

Un artiste qui pourrait jouer n'importe où choisit un club de Balagne quatre étés de suite. Un groupe de polyphonie qui remplit des salles depuis quarante ans accepte un duo avec du rap marseillais. Un rappeur enregistre quelques mesures dans une langue classée en danger.

Rien de tout cela n'était évident, et tout cela s'est fait la même année.

C'est le mouvement qu'on observe partout depuis quelques saisons. Jacquemus a défilé au phare de la Pietra. L'Orient Express Corinthian a fait escale sur l'île. La Corse n'est plus une destination de repli, elle devient un endroit où l'on vient précisément parce que c'est là.

Chez TAFANELLI, on fait le même pari, avec beaucoup moins de bruit. Une marque conçue sur l'île, des dessins qui racontent des scènes réelles, des pièces fabriquées en France et sérigraphiées à la main. Et la même conviction : une culture ne se conserve pas sous cloche, elle se porte.

Nos pièces sont présentes à Calvi chez Chez Tao, au Bout du Monde et à U Nichjaretu, chacune avec une pièce exclusive introuvable ailleurs. La carte de nos quatorze adresses est en ligne.

Notre dernière pièce, La Trinità, porte l'appellation historique de l'île sous trois profils tournés vers le même horizon : mare, muntagna, machja. La mer, la montagne, le maquis.

Pour aller plus loin :

En passant par la Corse, le client devient un ami.

A DOPU,
TAFA

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